Forum annuel du Plan Climat Energie

Posted on 6 mars 2019

Le 14 Décembre 2018 a eu lieu à Nice, le Forum annuel du Plan Climat-Energie des Alpes maritimes, organisé par le Conseil Départemental des Alpes maritimes. Différents intervenants issus du domaine privé ou public se sont succédés selon un timing très serré et une énergie débordante.

Les principales sources d’émission de Gaz à Effets de Serre (GES) sont liées à 70 % à la consommation d’énergie par les transports, le résidentiel tertiaire et l’industrie manufacturière et de construction, les 30% restants proviennent de l’agriculture, des procédés industriels et des déchets. Au cours de ce forum, les efforts fournis dans ces domaines pour réduire les émissions de GES ont été commentés. Puis des exemples d’actions locales ou nationales destinées à réduire notre impact environnemental ont été présentées tout en rappelant les objectifs environnementaux à atteindre.

Voici les principaux messages délivrés.

La société Objectif Carbone a présenté une synthèse de l’évolution des émissions de Gaz à Effet de Serre dans les Alpes Maritimes sur les 10 dernières années :

Une baisse globale de 10% des émissions de gaz à effet de serre est constatée depuis 2006 qui résulte de la baisse simultanée de la consommation de gaz (-15%) et une consommation électrique et de carburant routier stable. C’est grâce à l’utilisation de véhicules plus sobres qui commencent à compenser la hausse du trafic que la consommation de carburant se stabilise. L’hydro-électricité et le photovoltaïque dans le département fournissent aujourd’hui près de 15% de la consommation locale.

Les efforts sont donc notables mais insuffisants par rapport aux objectifs fixés par le Grenelle de l’environnement.

Pour atteindre l’objectif national de 2tCO2/an/hab et équilibrer nos importations et exportations il faudrait modifier nos habitudes de consommation selon les axes suivants :

  • Ni gaz, ni fioul dans le bâtiment,
  • Moins de viande, consommation de produits locaux,
  • Utilisation de produits qui durent longtemps,
  • Viser une moyenne de 4 pleins par an pour la voiture (contre 15 à 20/an actuels), des voitures biogaz/électrique ou hybride rechargeable
Dans le domaine des transports, des actions à poursuivre :
  • sncfNavya, société française qui conçoit, fabrique et commercialise des véhicules autonomes, sans chauffeur et électriques a déjà déployé 100 véhicules dans le monde dont Lyon en zone piétonne, Meyzieu en zone d’activité et Sion en Suisse en cœur de ville. Des défis techniques, technologiques et règlementaires sont encore à relever ainsi que faire évoluer les mentalités.
  • La SNCF, mode de transport peu émissif en GES nous a montré comment le ferroviaire, moyen de transport à développer, participe seul ou en partenariat à la transition énergétique dans les Alpes maritimes. En gare de Grasse : 68 m² de panneaux photovoltaïques placés au sol sont en tests pour être utilisés en partie pour les besoins locaux. Concernant le trafic ferroviaire, le quai de la gare de Riquier a été rallongé afin de pouvoir augmenter la longueur des trains, mais en l’état actuel du réseau la capacité de trafic aux heures de pointe ne peut être augmentée. S’ajoute à cela le projet de déplacement de la gare de Saint Augustin pour placer le train au centre du nouveau Pôle d’Echange Multimodal. Déplacer la gare de 400 m permettra de réduire les délais de connections entre les moyens de transport (tramway, gare routière et ferroviaire, aéroport) souvent dissuasifs. SNCF réseau finance également des projets participants à la transition énergétique en émettant des green bonds selon une méthode de calcul inédite qui fait référence en la matière au niveau mondial.
Dans le domaine de la production d’énergie, des actions à poursuivre
  • voitureelectriquePEP2A association à but non lucratif dont l’objectif est d’agir pour la transition énergétique finance, construit et exploite des installations photovoltaïques sur des toits mis à sa disposition par des propriétaires privés ou publics, en échange d’une compensation financière ou autre. Pour plus d’informations consulter le site pep2a.fr
  • Orion solaire, acteur spécialisé dans le développement, l’installation et l’exploitation de centrales solaires photovoltaïque (au sol, toiture, en ombrière de parking, serres, autoconsommation avec ou sans stockage, en propre ou pour le compte de tiers) cherche à promouvoir le photovoltaïque dans notre région, offre un accès au solaire sans investissement. Il permet également de participer financièrement à des projets plus importants avec un rendement garanti et surtout propose une mise à disposition gratuite d’ombrières de parking pour 40 véhicules.
Dans le domaine du bâtiment des actions pour réduire la consommation ou produire de l’énergie
  • Le conseil départemental 06 s’est équipé d’un logiciel de supervision des installations techniques du patrimoine bâti. Ce logiciel, en cours de déploiement, permet de gérer à distance les consommations énergétiques (gaz, électricité, eau, température) : niveaux de consigne, mise en route/extinction, alarmes, relevés de compteur pour éviter les surconsommations.
  • Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, établissement public qui a pour mission de garantir la qualité et la sécurité des bâtiments, accompagne les acteurs privés et publics dans leurs projets d’innovation en lien avec les transitions environnementale, énergétique et numérique.

voilesolaire

Le dossier technique et l’évaluation des risques pour la voile solaire de la Seine Musicale inaugurée en avril 2017 à Boulogne-Billancourt, a été instruit et présenté par le CSTB. L’auditorium en forme de nid ou d’œuf en bois tressé est coiffé de panneaux photovoltaïques en forme de voile qui suivent la position du soleil et optimise ainsi la production d’énergie.

Une même évidence plusieurs fois formulée : le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas, la dépollution totale est impossible.

Autres phrases clefs ou priorités :

  • Ce n’est pas parce qu’on ne peut pas tout faire qu’il ne faut rien faire.
  • Une seule personne peut tout changer.
  •  Réduire le plastique à usage unique.
  • Promouvoir l’économie circulaire.
  • Utiliser des produits 100% biodégradables (à base d’algues, d’amidon de maïs).
Rejet de déchets et autres polluants, des initiatives à poursuivre et des études scientifiques à suivre :
  1. L’Université Cote d’Azur a lancé le projet Université zéro déchet – économie circulaire. Il s’agit d’un projet participatif transdisciplinaire, dont le but est d’arriver à des centres de recherche et Université Zéro déchets à travers la réduction, le recyclage et la (re)valorisation des déchets. Exemple de quelques actions : Création d’une mini usine de recyclage maison, opération Campus zéro mégot, plogging day (course à pied qui consiste à collecter les déchets rencontrés sur son parcours), disco soup, gratiferia
  2. L’association VIE (Vie Initiatives Environnement) et Univalom (Syndicat mixte pour la valorisation des déchets ménagers et assimilés pour les agglomérations de Sophia Antipolis, Cannes-Pays de Lérins et Pays de Grasse) ont mis en place les actions suivantes pour atteindre l’objectif Zéro Déchet :
    1. Actions de prévention afin de réduire les quantités de déchets produites et leur nocivité : compostage, broyage de déchets verts, lutte contre le gaspillage alimentaire, ré-emploi des objets et matériaux, mise en commun des ressources.
    2. Actions de communication : visites, réunions, événements.
    3. Actions pratiques : ateliers pratiques, cafés astuces, installation de compostage collectif et individuel, ramassage de déchets sauvages
    4. Engagement des concitoyens : 300 familles, 180 commerces, 8 communes se sont engagées depuis mars 2016 à réduire leur production de déchet. Une bonne moitié des familles engagées ont déjà réussi à réduire leurs déchets de 25 à 35% (25 % provenant des papiers et emballages).
  3. L’Institut de la mer étudie actuellement l’impact des microplastiques sur la santé et le fonctionnement des écosystèmes marins. 80 % des déchets marins proviennent de l’activité terrestre (ordures déposées, transportées par le vent, les rivières, les évènements naturels) et 20% des activités marines (cargos, croisières, pèche). En plus de s’accumuler du fait de sa décomposition très lente et de polluer notre alimentation en franchissant les étapes de la chaine alimentaire, ces déchets plastiques peuvent également véhiculer des espèces toxiques, pathogènes ou exotiques. En effet des bactéries, des microalgues, des polypes de méduses… se fixent sur ces fragments de plastique et franchissent ainsi les mers et océans. La mer Méditerranée est une des mers les plus polluées. Les études actuelles visent à développer des méthodes de mesure efficaces et fiables et définir des indicateurs de pollution.
  4. La fondation Tara réalise des actions de sensibilisation afin de faire changer les comportements de consommation, elle organise également des opérations de nettoyage des plages et des ports.
  5. L’Agence Régionale pour la Protection de l’environnement italienne (ARPA) évalue actuellement les répercussions des changements climatiques et de la pollution atmosphérique à l’ozone sur la végétation transfrontalière (Cuneo, Nice, Parc du Mercantour) au travers du projet MITIMPACT.
Sur le plan climatique :

Mme Correa de Météo-France est intervenue pour nous parler des changements climatiques et faire un point sur les observations et les projections actuelles. L’Holocène, époque géologique actuelle, a commencé il y a environ 11 500 ans. A partir de ce moment le climat sur Terre s’est adouci, créant ainsi l’équilibre de vie favorable au développement de l’Homme. Les relevés de température montrent que nous sortons de cette plage de température et cette hausse des températures est clairement reliée à notre activité industrielle.

evolution_temperature2Seuls 5°C séparent le climat actuel d’une ère glaciaire et quelques degrés supplémentaires peuvent suffire à bouleverser le cycle de l’eau et les courants marins. Sur Nice une hausse de la température de plus de 1°C est observée depuis 1980, une diminution des précipitations, une augmentation de l’intensité et de la fréquence des pluies extrêmes.

Différents scenarii d’évolution du climat sont établis selon les trajectoires de développement que l’humanité décide d’emprunter pour réduire ou non l’émission de gaz à effets de serre.

La communauté scientifique mondiale anticipe une hausse de la température moyenne globale de +2 à +6°C à la fin du siècle, par rapport à celle du milieu du XIXe siècle, en fonction des efforts que nous serons capables de faire.

Pour limiter le réchauffement global à 1.5°C, les émissions de CO2 doivent être réduites à zéro d’ici 2050.

Les évolutions climatiques étant plus marquées dans les zones chaudes ou froides du globe que dans les zones tempérées, un tel changement climatique sur un laps de temps aussi court serait un facteur majeur de déstabilisation des sociétés sur les plans social, économique et écologique.

Le forum a été clôturé par la remise des trophée Climat-Energie. Pour n’en citer que deux :
  • Le prix spécial du Jury a été décerné à Christopher Coste (inventeur de Puget-Théniers) et Samuel le Bihan (acteur cofondateur de l’association Earthwake) pour l’invention d’une machine (Chrysalis) capable de produire du carburant à partir de déchets plastiques.
  • Le collège Jean Médecin de Sospel représenté par la classe de 5ème de Mme Celse a été récompensé pour ses actions de Développement durable.

Ainsi donc, cette demi-journée a permis de faire un état des lieux sur les efforts réalisés dans les Alpes Maritimes pour réduire les émissions de Gaz à Effets de Serre. Des lignes de conduites ont été formulées pour nous orienter vers les cibles prioritaires. Chacun peut identifier un domaine sur lequel agir et ainsi contribuer à contenir au mieux les changements climatiques.